Avec la constitution des Provinces-Unies des Pays-Bas au début du XVIIe siècle et la scission entre les Flandres apparaît un nouvel état protestant. Libérés de la contrainte de la Contre-Réforme, les Pays-Bas devenus grande puissance maritime et commerciale, développent un art national répondant aux exigences d’une bourgeoisie florissante. Les succès économiques du nord du pays et le prodigieux développement d’Amsterdam, créent un climat propice à l’éclosion des arts plastiques.
Dans ce contexte, l’esprit de renouveau et de liberté lancé par Le Caravage (1571–1610) sera largement suivi par les peintres des Provinces-Unies. Le Caravage se distingue de ses contemporains par son réalisme populaire et puissant qu’il associe à un traitement dramatique de la lumière, le clair-obscur, opposant violemment les ombres et les lumières. Cadre rapproché, gros plans sur des personnages, éclairage latéral, figures repoussoir, raccourcis abrupts, jeux de diagonales….tel est le nouveau répertoire de formules qui seront utilisées de façons différentes dans la peinture européenne. Le Caravage remet en cause la hiérarchie des genres et ses modèles sont pris dans la rue. De nouveaux thèmes iconographiques apparaissent : scènes de tavernes, joueurs de luth, diseuses de bonne aventure (VC0999 – VC1000).
Un langage exploitant les ressorts du clair-obscur se développe ainsi à travers toute l’Europe.
C’est le peintre hollandais Ter Brugghen, après son séjour à Rome (1604-1614) qui jeta à Utrecht les bases du Caravagisme hollandais (SC7742).
La force de pénétration de ce nouveau courant fut telle que l’on vit apparaître d’autres foyers à Haarlem, Leyde, et Delft. La révolution accomplie par le Caravage sur le plan formel et iconographique se manifestera parmi les paysagistes italianisants liés au cercle des bamboccianti, tels Poelenburgh, Breenbergh, Swanevelt, ou Berchem mais aussi dans la peinture d’intérieur de Ter Borch, Jan Steen, Pieter de Hooch et surtout Vermeer de Delft, poète de l’intimisme lumineux (TC6155).
Georges de La Tour , en France, créera des mises en scène d’un extrême dépouillement, aux formes épurées et larges monochromies où quelques personnages apparaissent dans une densité lumineuse faite d’intimité et de silence (TC2371 – TC6081 – TC6158).
Mais c’est Rembrandt, ce visionnaire de la réalité qui a sans doute le plus été influencé par la leçon caravagesque (VR1459 – SC3533).
Rembrandt van Rijn (1606-1669) est né à Leyde quatre ans avant la mort de Michelangelo Merisi da Caravaggio (1571-1610). Il ne fera pas, comme nombre de ses contemporains, le voyage en Italie mais il a vu les copies des maîtres hollandais qui ont séjourné à Rome. De nombreuses gravures circulent, apportant leur lot d’informations.
Dans une lumière nouvelle empruntée au Caravage, Rembrandt à ses débuts, présente dans ses toiles des parties violemment éclairées et d’autres plongées dans l’obscurité. La composition rompt avec les schémas habituels. Ce sont des jeux de diagonales, des raccourcis perspectifs et des effets de contre-plongée. Ainsi La leçon d’anatomie qui valut à Rembrandt sa reconnaissance officielle, est en rupture avec le portrait de groupe traditionnel. C’est une vraie scène d’action où les personnages disposés selon une diagonale occupent chacun un rôle particulier dans la composition. Une superbe lumière se dégage du cadavre lui-même.
Plus tard, les contrastes entre les ombres et les lumières seront adoucis par les variations et les nuances du clair-obscur de sa maturité. Il crée alors un mouvement organique, passionné, tumultueux, tourmenté qui débouche sur une lumière spirituelle qui monte de la peinture.
Dans ses nombreux portraits de bourgeois, gens de l’Orient, personnages de la Bible, (SC1141 – SC0991), une lumière douce et veloutée émane des figures elles-mêmes qui sont enveloppées dans une sorte de voile doré.
Après 1650, Rembrandt modifie sa façon de peindre. La couleur se fait plus généreuse, plus matérielle. Dans La fiancée juive , il enrichit la couche picturale de sable. Il utilise des blancs épais et exploite toutes les nuances des tons chauds des terres dans lesquelles il gratte de petites touches pour faire apparaître la couleur rouge de la préparation sous-jacente.
Peintre de l’intériorité, Rembrandt, faisant suite à Masaccio, Botticelli et surtout Dürer, se met en scène dans ses peintures, personnage perdu dans la foule ou posant comme les bourgeois qu’il représente. D’artiste anonyme, il devient le sujet principal et approfondit le genre dans ses multiples autoportraits (TC6155 – TC6095).
Dans le domaine de l’ estampe, (SC4141) Rembrandt occupe incontestablement la première place. Son œuvre gravé présente la même abondance et richesse thématique que son œuvre peint : sujets religieux, mythologiques, profanes, portraits, autoportraits, paysages, nus.
Rembrandt a tiré parti de toutes les possibilités de l’eau-forte – l’aqua-fortis ou acide nitrique étendu d’eau – utilisant un vernis mêlé de cire sur lequel il pouvait dessiner librement. Il exploite les tailles nettes et profondes du burin et rehausse certaines eaux-fortes à la pointe sèche créant ainsi des noirs veloutés et profonds.
La diversité des tirages d’une même gravure sur des papiers différents – chine, japon, papiers européens- permet de suivre ses nombreuses recherches.
Grâce à un métier savant pratiqué avec force et ténacité, il a élargi le champ des expressions et certaines planches comme la Pièce aux cent florins , le Paysage aux trois arbres, les Trois Croix, sont des œuvres d’exception.
Rubens, le peintre des rois et des princes, fut pour lui un exemple (SC7411 – TC6155). Comme lui, Rembrandt créera un atelier florissant que fréquenteront de nombreux élèves. Mais, à la différence de Rubens, les élèves y apprendront à travailler dans sa manière, ce qui posera par la suite de nombreuses questions. Certaines attributions sont actuellement remises en cause grâce aux techniques de pointe mises en œuvre par le Rembrandt Research Project.
Nicole d’Herbais de Thun
La Médiathèque de la Communauté Française de Belgique