L’histoire au présent

Crypto-judaïsme

Aujourd’hui, il y a quelques couples d’années, j’ai rencontré des  amis ”bnei-anussim”  , ( convertis forcés) , on dit aussi crypto-juifs ou conversos, les nuances sont ténues, ou encore cristos novos, à Lisbonne, lors de cours d’hébreu organisés dans la grande et belle synagogue “share tikva”, dont on fêtait le centenaire, c’était en 2004 !

En fait les familles de conversos, ont continué à pratiquer le judaisme et ses rites en secret, ce qui donne le nom de crypto judaisme, car l’appartenance au judaisme a été conversée grâce à cette mise en abyme qui aujourd’hui remonte les siècles et apparaît au grand jour, non sans poser de nouvelles problématiques aux personnes qui d’une certaine façon révèlent un pan caché de l’histoire du Portugal, ou si on veut une histoire non-officielle, dont s’emparent actuellement les historiens, les chercheurs, anthropologues, avec raison car comment résister à ce nouveau prisme d’observation de la société se révélant avoir été dans l’obligation de se cacher pour se préserver. Quand et comment sortir de la crypte? Quels vont être les effets de cette histoire révélée  au grand jour?

C’est de cette histoire incroyable où se chevauchent cinq siècles d’histoire et qui se prolonge dans le présent dont je veux vous parler. Elle nous conduit à travers les siècles en un voyage à travers les continents , l’histoire, les récits,  les tribulations, les manuscrits fondateurs du judaisme, les villes phares. Venise, Anvers, Amsterdam, , Bayonne,Londres, Recife,Constantinople, Salonique, Safed, comme quoi la mondialisation ne date pas d’aujourd’hui! Lisbonne-Safed donne un triangle aux dimensions particulières!

Voici une bonne adresse pour les amateurs de bons livres: www.lyber-eclat.net

L’excellent livre de Cecil Roth, les marranes, 1932, reste une référence. ( très jolie réédition chez liana levi)

il a également été réédité au Portugal. dans une très jolie édition de poche, je vous donne le nom au prochain post.

Publié dans: on juin 30, 2007 at 10:57 Laisser un commentaire

Rembrandt et l’Amsterdam juif

EXPOSITIONRembrandt et l’Amsterdam juif

Tout en admirant Rembrandt, les frères Goncourt qualifiaient ses œuvres religieuses de “juiveries“. Ils reprenaient une banalité de leur temps : le peintre aurait été profondément marqué par sa fréquentation des juifs d’Amsterdam au point de devenir l’un d’eux. Cette banalité était si bien établie que le IIIe Reich fit un triomphe à un livre antisémite, Rembrandt comme éducateur, dans lequel l’auteur, Julius Langbehn, prétendait démontrer que l’artiste était à l’inverse la plus pure expression du génie germanique.

Les festivités du quatre centième anniversaire de la naissance de Rembrandt qui ont fait l’actualité touristique de l’année 2006 avaient esquivé la question. L’exposition Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem, qui se tient au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, a donc pour premier mérite de s’en saisir. Elle le fait avec une précision, une érudition et une profusion d’œuvres remarquables. Peintures, dessins, gravures savamment choisis, plus de 190 œuvres : l’analyse est magnifiquement conduite.QUOTIDIEN DU QUARTIER

Elle décrit d’abord la situation historique. Chassés d’Espagne à partir de 1492, les juifs s’établissent au Portugal où ils sont contraints de vivre en catholiques. Ces conversos ou marranes demeurent dans leur nouveau pays jusqu’en 1536, date de l’instauration de l’Inquisition au Portugal. Ils émigrent alors pour les Provinces Unies des Pays-Bas, où la liberté religieuse est reconnue. Ainsi se constitue la communauté d’Amsterdam. Elle réunit essentiellement de “nouveaux juifs”, pour lesquels le judaïsme est à retrouver après des décennies de catholicisme forcé. La construction de synagogues et les éditions en hébreu, latin et espagnol vont de pair avec le développement d’une bourgeoisie dont la prospérité marchande favorise la vie intellectuelle.

“Nouvelle Jérusalem”, Amsterdam est alors la ville de Spinoza, dont le portrait, l’édition de 1670 du Tractatus theologico-politicus et le décret d’excommunication sont dans l’exposition. Voisinent des éditions de Maïmonide et les portraits des rabbins Menasseh Ben Israël, Isaac Aboab da Fonseca ou Jacob Sasportas. Et celui du médecin Ephraïm Bueno. Il est de Rembrandt, comme la peinture qui servit de modèle à l’eau-forte.

Voici donc enfin Rembrandt. En 1639, déjà illustre, il acquiert une grande maison au 4-6 Sint Anthoniesbreestraat, la rue où habitent quelques-unes des plus riches familles séfarades. Les documents et les œuvres qui précèdent son apparition dans l’exposition en situent parfaitement les circonstances. Mais elles ne la rendent aussi que plus stupéfiante. Les toiles de De Witte, de Van Gunst et de Lievens sont de qualité, les gravures du cimetière juif d’Ouderkerk d’après Ruisdael d’un beau tragique. Mais tout change avec le portrait de Bueno et l’admirable Autoportrait appuyé sur un rebord de pierre. Montrer ce dont Rembrandt se nourrit – motifs bibliques, quotidien du quartier – ne permet pas d’expliquer comment il s’en empare et les exalte.

LUMIÈRE SYMBOLIQUE

Ainsi de l’histoire de Mardochée, honoré par le roi Assuérus alors que le vizir Aman veut le pendre pour avoir refusé de se prosterner au passage du roi. Que l’épisode ait plu aux collectionneurs, rien d’étonnant. Pieter Lastman en fait en 1624 un tableau très acceptable. Mais la distance qui sépare ce dernier de la gravure de Rembrandt de 1642 est incommensurable. Rembrandt ose n’esquisser qu’à peine les figures de la foule et ombrer très fortement la voûte sous laquelle s’avance Mardochée monté sur un cheval du roi et vêtu d’un costume princier. Il creuse derrière lui un grand trou de lumière symbolique et suggère par les attitudes des siècles de persécution. Ce qui était scène pittoresque chez Lastman devient parabole.

Des deux admirables études peintes de jeunes juifs, il fait des figures de l’incertitude et de la méditation, comme il fait de ses vieillards – qui ne sont pas nécessairement des portraits de juifs – des personnifications de la pensée et de la sagesse. La plus petite gravure, le moindre lavis ont une portée philosophique. Justement parce qu’ils sont petits et épurés, ils sont à l’opposé de la grandiloquence des dogmes et des grandes “machines” picturales italiennes et flamandes. Ce que Rembrandt retient de la Bible, ce ne sont pas les vérités révélées d’une religion, mais les éléments et les exemples d’une psychologie des passions hautes et basses, nobles et ignobles. L’obstination aveugle d’Abraham, le désir hystérique de la femme de Putiphar, l’amour paternel de Jacob pour Benjamin, la cruauté de Sarah humiliant Agar, la nudité triviale d’Adam et d’Eve sont de l’ordre de l’humain. C’est le seul qui intéresse Rembrandt – et c’est aussi pourquoi ses oeuvres parlent si fort et si clair des siècles plus tard.

“Rembrandt et la nouvelle Jérusalem, juifs et chrétiens à Amsterdam au Siècle d’or”, Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 71 rue du Temple, Paris-3e. M° Rambuteau. Tél. : 01 53- 01 86 48. Du lundi au vendredi, de 11 heures à 18 heures ; dimanche, de 10 heures à 18 heures. Jusqu’au 1er juillet. 9,50 euros. Catalogue : 368 p., 49 euros.

Philippe Dagen

Le Monde, daté du 15 avril 2007

Publié dans: on at 10:40 Laisser un commentaire

La fête de Balthasar

Publié dans: on juin 28, 2007 at 6:22 Laisser un commentaire

Abraham sacrifiant Isaac

Publié dans: on at 6:07 Laisser un commentaire

Rembrandt dans son paradis d’Amsterdam

Rembrandt dans son paradis d’Amsterdam

HERVÉ DE SAINT-HILAIRE


Publié le 5 avril 2007

Une passionnante exposition retrace le siècle d’or de cette cité, où s’épanouirent judaïsme et protestantisme en une singulière harmonie.

UNE EXPOSITION véritablement réussie – c’est un truisme – ne saurait consister en une simple accumulation de chefs-d’oeuvre accrochés avec élégance en un lieu magnifique et tout palpitant de mémoire et de curiosité intellectuelle. Ces conditions sont néanmoins nécessaires et parfaitement réunies dans l’exposition proposée par le Musée d’art et d’histoire du judaïsme, à Paris, au titre scandé par des noms chatoyants : « Rembrandt et la nouvelle Jérusalem. Juifs et chrétiens au siècle d’or. » : 190 pièces, peintures, dessins, gravures, manuscrits rares (ah ! l’émotion, entre beaucoup d’autres, de contempler l’édition originale de la vertigineuse Éthique de Spinoza), prêtées par de prestigieux musées, dont le Louvre, ou par la fameuse collection Edmond de Rothschild qui conserve 385 estampes et 16 dessins catalogués sous le nom de Rembrandt.

En d’autres lieux parisiens, en cette année de célébration de la naissance du peintre, il y a quatre siècles, on a pu admirer la mystérieuse maîtrise et les beautés d’une oeuvre incomparable. Ici aussi, on trouvera le plaisir premier du visiteur d’une exposition : la stupéfaction devant la splendeur visuelle, tour à tour paisible, inquiète, quotidienne, mystique.

Mais les deux commissaires, Laurence Sigal-Klagsbald et Alexis Merle du Bourg, ont voulu aller plus loin que la simple proposition du plaisir esthétique et inscrire toute cette magnificence graphique et picturale dans une géographie rêveuse et dans un moment singulier de l’histoire, dont l’exemplarité explique peut-être cette profusion, cette densité de merveilles artistiques qu’elle a suscitées. Les oeuvres des différents artistes exposés recouvrent à peu près les années de la vie de Rembrandt (1606-1669), jusqu’à l’inauguration de la grande synagogue d’Amsterdam en 1675.

La lecture de la Bible et l’intérêt pour l’autre

Une période qui n’est pas seulement un siècle d’or de créations artistiques et de prouesses intellectuelles, mais une ère de répit et de paix féconde, comme le fut le rêve andalou : l’installation à Amsterdam, au tout début du XVIIe siècle, de juifs réfugiés d’Europe centrale, d’Espagne, du Portugal, convertis de force, mais restés fidèles à leur idiosyncrasie inaliénable. Leur rencontre avec les Pays-Bas réformés va conduire à une sorte de « nouveau judaïsme » tandis que l’élite des bourgeois d’Amsterdam sera curieuse, attentive et bienveillante envers cette communauté nouvelle qui compte des personnalités de tout premier ordre, comme le fameux rabbin Menasseh Ben Israël.

Et comme toujours dans ces cas-là, l’esprit de tolérance, à quoi on peut ajouter ici, dans ce qu’on a appelé la « Nouvelle Jérusalem », une sensibilité messianique, une énergie spirituelle et intellectuelle nourrie par la lecture de la Bible et l’intérêt pour l’autre, vont être à l’origine d’un essor économique considérable pour la cité et de remises en question de l’art.

C’est en images – et quelles images ! – qu’est évoquée cette période passionnante et si frémissante d’espérance. On est saisi, ému, par exemple, par toutes ces oeuvres nées du regard fasciné et fraternel de Rembrandt sur les juifs : ces puissants portraits christiques, ces jeunes gens et ces vieux sages. L’exposition est aussi l’occasion d’admirer une iconographie biblique d’une qualité réellement exceptionnelle : scènes peintes, dessinées ou gravées par Rembrandt ou certains de ses contemporains d’Amsterdam. Voici la Mort de la Vierge, (1639), bouleversante eau-forte du maître de Leyde, puis l’une de ses toiles les plus énigmatiques, dramaturgie sombre Et éclatante : La Disgrâce d’Aman (vers 1665), épisode tiré du Livre d’Esther qui inspira souvent Rembrandt.

Puis surgit une oeuvre proprement sidérante : Abraham et les Trois Anges d’Arent de Gelder (1680-1685). La spiritualité bien sûr, mais aussi de splendides documents sur la vie quotidienne à Amsterdam au XVIIe siècle : les affaires et la piété avec cette très belle Vue intérieure de la Bourse d’Amsterdam (1693) et ce minutieux Intérieur de la synagogue portugaise d’Amsterdam d’Emmanuel De Witte (vers 1680).

C’est un délice profond que cette promenade dans ce passé si riche en intelligence, en humanité paisible, pieuse, prospère, mais parfois incandescente, comme les lettres de feu au fond du Festin de Balthazar peint par Rembrandt en 1635.

Musée d’art et d’histoire du judaïsme, jusqu’au 1er juillet 2007. Tél. : 01 53 01 86 53.
Catalogue : « Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem », Panama Musées, 49 eur.

Publié dans: on at 2:51 Laisser un commentaire

Rembrandt, un art humaniste

Un art humaniste

JEAN-LOUIS PINTE


Publié le mercredi 11 avril 2007
Rembrandt face à ses contemporains et à un événement culturel et religieux d’une importance considérable : l’installation au XVIIe siècle à Amsterdam d’une communauté juive, immigrants venant de la péninsule Ibérique et d’Europe centrale. Il se fonde alors une Nouvelle Jérusalem où juifs et chrétiens tissent des liens à travers une organisation communautaire. Cette période qui va jusqu’à l’inauguration de la grande synagogue d’Amsterdam correspond à la vie de Rembrandt. L’artiste est là qui observe cette société, le milieu artistique et intellectuel juif. Il capte aussi bien les personnages que des scènes d’histoire. De plus, entretenant des rapports privilégiés avec la communauté séfarade d’Amsterdam, il procède à travers son art à une lecture pertinente des Écritures. C’est à travers quelque 190 pièces, des manuscrits aux gravures en passant par les tableaux et les objets d’art que l’on découvre un des événements majeurs de ce que l’on a appelé le « Siècle d’or ».

CRITIQUE.  Il s’agit d’une exposition où l’art est au service de la pédagogie et de l’histoire. Rembrandt et ses contemporains sont là pour témoigner, expliquer leur époque à travers les événements qu’ils vivent. Ils observent le fait d’être juif à Amsterdam à travers la vie quotidienne et les lieux et cette manière de « réinventer le judaïsme ». Les tableaux de Job Berckheyde, les gravures de Romeyn de Hooghe en assurent la véracité. Rembrandt, lui, illustre les Évangiles, peint des portraits dont les personnages appartiennent réellement au monde juif avec ce sens éblouissant de l’éclairage qui laisse deviner le caractère profond du personnage. Et c’est avec une véritable passion que l’on suit cette histoire de la Nouvelle Jérusalem. Rembrandt et les artistes de l’époque nous donnent une véritable leçon d’humanisme.

Musée d’art et d’histoire du judaïsme : 71, rue du Temple (IIIe). Tél. : 01 53 01 86 60
Horaires : du lun. au ven. de 11 h à 18 h, dim de 10 h à 18 h, noc dim. jusqu’à 19 h
Jusqu’au : 1er juillet
Catalogue : Coédition Musée d’art et d’histoire du Judaïsme/Panama musées, 49 euros

 

Publié dans: on at 2:44 Laisser un commentaire

Rembrandt au Musée d’Art et du Judaisme

Au Musée d’Art et d’Histoire du JudaïsmeRembrandt rendu à lui-même

A la fin du XIXe siècle, les critiques eurent tendance à judaïser l’oeuvre du peintre. Une exposition magistrale corrige cette erreur d’interprétation

Un des plus beaux tableaux de Rembrandt s’appelle « la Fiancée juive ». Rien ne vient justifier son titre sinon la volonté de donner au peintre, comme l’affirmait jadis un critique, un «accent yiddish». C’est à tort aussi que, dans les gravures de l’artiste, tant de vieillards, à cause de leurs vêtements miséreux ou vaguement orientaux, ont été pris pour des juifs – « Rembrandt aimait beaucoup les peindre dans leurs défroques », écrivait Blaise Cendrars. A l’encontre de ces fausses interprétations, l’exposition du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme entreprend de « dé-judaïser » Rembrandt en retrouvant l’Amsterdam de son époque, celle qu’on appelait alors la « Nouvelle Jérusalem ».

Déjà la domiciliation de Rembrandt prêta à confusion. Né de mère catholique, mais protestant, il s’installa à Amsterdam dans la rue des Juifs, la Jodenbreestraat : ce quartier était celui des artistes connus et des marchands d’art. Les banquiers et les négociants juifs qui y résidaient avaient dû quitter le Portugal pour fuir l’Inquisition. C’était la bourgeoisie la plus riche de toute la diaspora. Livres, manuscrits, estampes témoignent ici du luxe et du raffinement de sa culture. Non loin de Rembrandt vit Spinoza, évoqué par divers documents, dont son acte d’excommunication par la communauté juive. Ces « nouveaux juifs », libres enfin, veulent retrouver le judaïsme, les prières et les textes dont ils ont été longtemps privés. Un texte pour eux fait autorité : les « Antiquités juives », de Flavius Josèphe.

A l’opposé des peintres catholiques qui préfèrent le Nouveau Testament, Rembrandt non seulement choisit l’Ancien Testament, mais se réfère à cette version de Flavius Josèphe que préconisent aussi les calvinistes. L’intégralité des estampes qu’il a consacrées à l’Ancien Testament est présentée, soulignant sa fidélité à ce livre. Ainsi une gravure de 1645, « Abraham parlant à Isaac », situe ce dialogue non pas sur le chemin, comme dans la Bible catholique, mais sur le lieu même du sacrifice. Ou encore il privilégie certains thèmes, tel celui d’Esther, symbole de la libération du peuple juif. La voici encore célébrée dans « la Disgrâce d’Aman », exceptionnellement prêté par le Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. Mais, sans ce titre, devinerions-nous la signification de ce tableau où, dans la somptuosité des rouges, seuls les turbans portés par les personnages évoquent l’Orient ? Par-delà toute religion, Rembrandt dépasse à chaque fois l’anecdote pour explorer les tumultes de l’âme et ces drames humains toujours quotidiens. Alors, tel un dieu, il déchire les ténèbres et vient rendre à la lumière tout son éblouissement.

A voir : « Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem, juifs et chrétiens à Amsterdam au siècle d’or », Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme, Paris 3e, 01-53-01-86-48. Jusqu’au 1er juillet.A lire : «Rembrandt», par Gary Schwartz, Flammarion, 384p., 65 euros.

France Huser

Le Nouvel Observateur du 19 avril 2007

Publié dans: on at 2:37 Laisser un commentaire

Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem

Exposition temporaire

Du 28 mars 2007
au 1er juillet 2007
Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem
Juifs et chrétiens à Amsterdam au Siècle d’Or

L’exposition

Rembrandt La disgrace d'Aman
Affiche de l’exposition
Rembrandt
La disgrâce d’Aman (ou David et Urie)
Vers 1665
©Musée de l’Ermitage, St. Petersbourg, 2007

Le Musée d’art et d’histoire du Judaïsme présente Rembrandt et la Nouvelle Jérusalem. Juifs et Chrétiens à Amsterdam au Siècle d’or.
L’exposition, qui réunit près de 190 pièces (peintures, dessins, estampes, objets d’art, manuscrits et documents rares), confronte un ensemble significatif d’oeuvres du maître et de ses contemporains, à un événement culturel et religieux d’une portée considérable : l’installation à Amsterdam, au XVIIe siècle, dans un climat unique de tolérance, des communautés juives réfugiées de la péninsule Ibérique et d’Europe centrale.Les Pays-Bas témoignent alors d’un puissant phénomène d’ “identification hébraïque”, conduisant ses habitants à se penser comme les nouveaux Israélites. Le monde juif et le monde chrétien réformé se rencontrent à Amsterdam, “Nouvelle Jérusalem”, tissant d’innombrables liens religieux et culturels. Fondatrice pour la société juive moderne, cette communauté de “nouveaux-chrétiens” convertis par force au Portugal, mais restés secrètement fidèles au judaïsme, et devenus des “nouveaux-juifs” à Amsterdam, innove dans de nombreux domaines : organisation communautaire, représentation de soi par l’image et l’archive, acculturation, inscription dans la cité.L’exposition est délimitée chronologiquement par la vie de Rembrandt (1606-1669), qui recouvre, peu ou prou, la période qui s’étend de l’établissement des juifs aux Pays-Bas, à partir de l’extrême fin du XVIe siècle, jusqu’à l’inauguration de la grande synagogue d’Amsterdam (1675).
Un large prologue est consacré à l’évocation du milieu social, intellectuel et artistique juif à Amsterdam, afin de mettre en valeur le dynamisme d’une communauté portée par le formidable essor économique de la cité et par le régime de libertés, grâce auxquels elle a pu se développer.

Certaines des œuvres de Rembrandt présentées, qu’il s’agisse de portraits ou de scènes d’histoire, portent les échos des échanges qui s’établirent entre le monde juif et le monde chrétien réformé. D’autres permettront des réflexions et des rapprochements inédits, à travers notamment l’étude de la représentation de quelques épisodes de la Bible relatifs à l’élection, au salut du peuple hébreu et au messianisme, et offrent, de manière ponctuelle, un témoignage fascinant du creuset de civilisation et de la cité cosmopolite que fut Amsterdam au XVIIe siècle.

Le renouveau de la lecture biblique, l’idée de l’imminence des temps messianiques et l’attrait exercé par des personnalités juives exceptionnelles, dans le champ tant intellectuel qu’économique, ont nourri une présence forte et inédite des juifs dans l’art et la représentation.
Une série d’oeuvres peintes, dessinées et gravées (notamment l’intégralité des estampes de Rembrandt relatives à l’Ancien Testament) vient illustrer l’originalité du regard porté par le maître sur les juifs. Jusqu’à une période récente, des historiens de l’art, héritiers d’un influent corpus de textes des XIXe et XXe siècles, avaient encore tendance à “judaïser” l’oeuvre de Rembrandt et à voir, en particulier dans maintes représentations d’hommes et de vieillards exécutées par l’artiste, des portraits de juifs et de rabbins. Si l’on est aujourd’hui revenu de ce lieu commun simplificateur, les échos dans l’art du maître de ses relations avec son environnement juif demeurent néanmoins une question intéressante.

Par ailleurs, les croyances millénaristes qui traversent le monde protestant, auxquelles répondent les espérances apportées aux communautés juives par le mouvement du pseudo-messie Sabbataï Tsevi, rendent possible le dialogue entre les élites néerlandaises et les notables et les savants juifs d’Amsterdam. Infatigable avocat de l’entente entre les chrétiens et les juifs, véritable incarnation d’un nouveau Mardochée pour ces derniers, le célèbre Menasseh Ben Israël, qui fréquenta Rembrandt, offre une magnifique illustration de cette convergence.

Ce projet, d’une envergure unique pour le MAHJ, a bénéficié de l’aide de prestigieux musées, et en premier lieu de la participation exceptionnelle du musée du Louvre, qui a accepté de prêter, pour la première fois, un ensemble remarquable d’estampes de Rembrandt issues de la collection léguée par le baron Edmond de Rothschild. La Gemäldegalerie de Berlin et le Kimbell Art Museum de FortWorth, au Texas, ont consenti le prêt des peintures qui figurent parmi les types juifs les plus convaincants de Rembrandt.

L’admirable Disgrâce d’Aman, du musée de l’Ermitage, de Saint-Pétersbourg, clôt le parcours. L’exposition présente d’autres chefs-d’oeuvre, parmi lesquels des peintures de Pieter Lastman, le maître de Rembrandt, d’Art de Gelder, son disciple le plus fidèle, et de Jan Victors.

La description de la fondation des communautés juives aux Pays-Bas a été rendue possible grâce aux fonds patrimoniaux conservés à Amsterdam : Joods HistorischMuseum, Synagogue portugaise et bibliothèque Ets Haim-Livraria Montezinos, bibliothèque Rosenthaliana de l’université d’Amsterdam, en particulier. Diverses collections françaises publiques et privées ont contribué à faire de l’ensemble une exposition spectaculaire.

Télécharger le dossier de presse (format pdf, 761 ko)

La presse en parle >>>

 
 

Commissariat
de l’exposition

Laurence Sigal-Klagsbald
commissaire de l’exposition

Alexis Merle du Bourg
commissaire adjoint

Rembrandt et la Nouvelle JerusalemCatalogue
L’exposition est accompagnée d’un catalogue publié en coédition avec Panama musées (368 pages, 280 illustrations couleurs) auquel ont contribué d’éminents spécialistes.
Il est en vente à la librairie du musée.
En savoir plus >>>L’exposition est proposée dans le cadre de la saison néerlandaise en France “Haut les Pays-Bas !” et n’aurait pu être réalisée sans le soutien de :

  • La Fondation Pro-MAHJ
  • La Fondation pour la Mémoire de la Shoah
  • La Direction des Affaires culturelles de la région Île-de-France
  • L’Institut Alain de Rothschild
  • L’Ambassade du Royaume des Pays-Bas
  • La Fondation Gulbenkian
  • et de personnes ou d’organismes ayant préféré garder l’anonymat.

En partenariat avec :
le Figaroscope

Rembrandt et le siècle d’or

Publié dans: on at 1:11 Laisser un commentaire

“Rembrandt peintre de l’intériorité”

Avec la constitution des Provinces-Unies des Pays-Bas au début du XVIIe siècle et la scission entre les Flandres apparaît un nouvel état protestant. Libérés de la contrainte de la Contre-Réforme, les Pays-Bas devenus grande puissance maritime et commerciale, développent un art national répondant aux exigences d’une bourgeoisie florissante. Les succès économiques du nord du pays et le prodigieux développement d’Amsterdam, créent un climat propice à l’éclosion des arts plastiques.

Dans ce contexte, l’esprit de renouveau et de liberté lancé par Le Caravage (1571–1610) sera largement suivi par les peintres des Provinces-Unies. Le Caravage se distingue de ses contemporains par son réalisme populaire et puissant qu’il associe à un traitement dramatique de la lumière, le clair-obscur, opposant violemment les ombres et les lumières. Cadre rapproché, gros plans sur des personnages, éclairage latéral, figures repoussoir, raccourcis abrupts, jeux de diagonales….tel est le nouveau répertoire de formules qui seront utilisées de façons différentes dans la peinture européenne. Le Caravage remet en cause la hiérarchie des genres et ses modèles sont pris dans la rue. De nouveaux thèmes iconographiques apparaissent : scènes de tavernes, joueurs de luth, diseuses de bonne aventure (VC0999VC1000).

Un langage exploitant les ressorts du clair-obscur se développe ainsi à travers toute l’Europe.

C’est le peintre hollandais Ter Brugghen, après son séjour à Rome (1604-1614) qui jeta à Utrecht les bases du Caravagisme hollandais (SC7742).

La force de pénétration de ce nouveau courant fut telle que l’on vit apparaître d’autres foyers à Haarlem, Leyde, et Delft. La révolution accomplie par le Caravage sur le plan formel et iconographique se manifestera parmi les paysagistes italianisants liés au cercle des bamboccianti, tels Poelenburgh, Breenbergh, Swanevelt, ou Berchem mais aussi dans la peinture d’intérieur de Ter Borch, Jan Steen, Pieter de Hooch et surtout Vermeer de Delft, poète de l’intimisme lumineux (TC6155).

Georges de La Tour , en France, créera des mises en scène d’un extrême dépouillement, aux formes épurées et larges monochromies où quelques personnages apparaissent dans une densité lumineuse faite d’intimité et de silence (TC2371TC6081TC6158).

Mais c’est Rembrandt, ce visionnaire de la réalité qui a sans doute le plus été influencé par la leçon caravagesque (VR1459 – SC3533).

Rembrandt van Rijn (1606-1669) est né à Leyde quatre ans avant la mort de Michelangelo Merisi da Caravaggio (1571-1610). Il ne fera pas, comme nombre de ses contemporains, le voyage en Italie mais il a vu les copies des maîtres hollandais qui ont séjourné à Rome. De nombreuses gravures circulent, apportant leur lot d’informations.

Dans une lumière nouvelle empruntée au Caravage, Rembrandt à ses débuts, présente dans ses toiles des parties violemment éclairées et d’autres plongées dans l’obscurité. La composition rompt avec les schémas habituels. Ce sont des jeux de diagonales, des raccourcis perspectifs et des effets de contre-plongée. Ainsi   La leçon d’anatomie qui valut à Rembrandt sa reconnaissance officielle, est en rupture avec le portrait de groupe traditionnel. C’est une vraie scène d’action où les personnages disposés selon une diagonale occupent chacun un rôle particulier dans la composition. Une superbe lumière se dégage du cadavre lui-même.

Plus tard, les contrastes entre les ombres et les lumières seront adoucis par les variations et les nuances du clair-obscur de sa maturité. Il crée alors un mouvement organique, passionné, tumultueux, tourmenté qui débouche sur une lumière spirituelle qui monte de la peinture.

Dans ses nombreux portraits de bourgeois, gens de l’Orient, personnages de la Bible, (SC1141SC0991), une lumière douce et veloutée émane des figures elles-mêmes qui sont enveloppées dans une sorte de voile doré.

Après 1650, Rembrandt modifie sa façon de peindre. La couleur se fait plus généreuse, plus matérielle. Dans La fiancée juive , il enrichit la couche picturale de sable. Il utilise des blancs épais et exploite toutes les nuances des tons chauds des terres dans lesquelles il gratte de petites touches pour faire apparaître la couleur rouge de la préparation sous-jacente.

Peintre de l’intériorité, Rembrandt, faisant suite à Masaccio, Botticelli et surtout Dürer, se met en scène dans ses peintures, personnage perdu dans la foule ou posant comme les bourgeois qu’il représente. D’artiste anonyme, il devient le sujet principal et approfondit le genre dans ses multiples autoportraits (TC6155TC6095).

Dans le domaine de l’ estampe, (SC4141) Rembrandt occupe incontestablement la première place. Son œuvre gravé présente la même abondance et richesse thématique que son œuvre peint : sujets religieux, mythologiques, profanes, portraits, autoportraits, paysages, nus.

Rembrandt a tiré parti de toutes les possibilités de l’eau-forte – l’aqua-fortis ou acide nitrique étendu d’eau – utilisant un vernis mêlé de cire sur lequel il pouvait dessiner librement. Il exploite les tailles nettes et profondes du burin et rehausse certaines eaux-fortes à la pointe sèche créant ainsi des noirs veloutés et profonds.

La diversité des tirages d’une même gravure sur des papiers différents – chine, japon, papiers européens- permet de suivre ses nombreuses recherches.

Grâce à un métier savant pratiqué avec force et ténacité, il a élargi le champ des expressions et certaines planches comme la Pièce aux cent florins , le Paysage aux trois arbres, les Trois Croix, sont des œuvres d’exception.

Rubens, le peintre des rois et des princes, fut pour lui un exemple (SC7411TC6155). Comme lui, Rembrandt créera un atelier florissant que fréquenteront de nombreux élèves. Mais, à la différence de Rubens, les élèves y apprendront à travailler dans sa manière, ce qui posera par la suite de nombreuses questions. Certaines attributions sont actuellement remises en cause grâce aux techniques de pointe mises en œuvre par le Rembrandt Research Project.

Nicole d’Herbais de Thun

La Médiathèque de la Communauté Française de Belgique

Publié dans: on at 1:03 Commentaires (1)